Zep invité du Salon du livre jeunesse de Montreuil: « Ça m’aurait gêné de lire Titeuf enfant »

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Zep invité du Salon du livre jeunesse de Montreuil: « Ça m’aurait gêné de lire Titeuf enfant »


Il a accompagné des milliers d’enfants. Né il y a 25 ans, Titeuf, le héros de Zep est au coeur d’une exposition au Salon du livre de Montreuil qui l’opposera à Tom-Tom et Nana, qui célèbrent eux leurs quarante ans d’existence. 

Au cours de cette rencontre, Zep s’interroge sur un aspect essentiel de son œuvre: une histoire avec des enfants n’est pas forcément adressée à des enfants…

C’est assez étonnant de voir Titeuf face à Tom-Tom et Nana. Il n’y a pas plus opposé…

(rires) Ce n’est pas mon idée, mais c’est toujours intéressant de réunir des gens qui sont a priori complètement différents.

Vous aviez 10 ans quand Tom-Tom et Nana est né. Vous le lisiez?

Je suis complètement passé à côté. Je n’étais pas abonné aux revues où c’était publié. Je l’ai lu professionnellement, j’ai regardé comment c’était fait. Je lisais beaucoup de BD et de revues de BD quand j’étais enfant. Tom-Tom et Nana, c’est à la frontière de la BD. C’est de la BD qui n’est pas forcément pour les fans de BD. Il y a une volonté plus éducative.

C’est un peu contre ce genre de BD pour enfants que Titeuf est né. Tom-Tom et Nana vivent dans un monde à part, contrairement à Titeuf.

Tout à fait. J’ai imaginé Titeuf contre la BD pour enfants faite par des adultes qui oubliaient, pour moi, comment est l’enfance. Mais je n’ai pas fait Titeuf contre Tom-Tom et Nana, puisque je ne l’avais pas lu. C’était plus dirigé contre la BD franco-belge traditionnelle, qui se copiait elle-même – ce que je trouvais dommageable pour la BD. La BD a d’ailleurs bien morflé à ce moment-là: tout le monde s’est jeté sur les mangas parce que c’était vachement plus intéressant.

Lorsque vous écrivez un Titeuf, vous laissez ressurgir votre part d’enfant. Mais ce n’est pas parce que vous écrivez un livre sur des enfants que vous vous adressez aux enfants.

Je n’avais pas du tout prémédité d’avoir un lectorat d’enfants. Je pensais que Titeuf serait lu par des gens qui auraient mon âge et qui auraient du plaisir à retrouver cette partie de la vie que l’on oublie souvent quand on devient adulte et que je ne retrouvais pas en lisant Boule et Bill ou Cédric ou même Peanuts et Calvin et Hobbes – même si ce sont des BD que j’aime beaucoup. Pour moi, elles ne parlent pas de l’enfance. Elles utilisent l’enfance pour dire autre chose.

« L’enfance, c’est faire des choses interdites »

Vos histoires abordent sans tabou l’enfance.

Il y a un côté régressif quand je fais Titeuf. Il n’y a pas de volonté d’être éducatif. L’enfance, c’est soulever des questions sur des grands sujets que l’on ne comprend pas. C’est aussi faire des choses interdites pour voir si on a le droit: on imite les grands sans trop comprendre ce qu’ils font pour essayer de devenir grand soi-même. Il y a un mélange de toutes ces choses-là. Et parmi celles-ci, il n’y a pas forcément des choses respectables. Quand on raconte ses souvenirs d’enfance, on est souvent à la frontière de la honte.

C’est vrai. Certaines pages de Titeuf sur le sexe sont assez troublantes à lire quand on a par exemple 7 ans.

(rires) Quand on a 7 ans, on ne s’est peut-être pas posé encore ces questions-là. Peut-être qu’elles ne vont venir qu’à 8 ans, du coup. Je n’ai jamais dit que mon lectorat devait être de 7 à 77 ans. J’ai fait un album de BD et je me suis rendu compte au troisième tome que des enfants étaient fans du personnage. Je les ai trouvés incroyablement mature pour lire ça. Ça m’aurait gêné à leur âge. C’est le lectorat qui a choisi Titeuf. On n’a pas obligé les enfants à le lire. Titeuf ne paraissait pas dans une revue pour enfants. Au contraire, il paraissait au départ dans la presse quotidienne régionale. Quand il a été publié dans Tchô [mensuel de prépublication de BD créé en 1998, NDLR], Titeuf avait déjà été créé depuis 6 ans.

Titeuf

Tchô était adressé aux enfants?

Je ne sais pas… Beaucoup d’adultes lisent Captain Biceps [série dessinée par Tébo et scénarisée par Zep, NDLR] et aiment ce regard un peu crétin sur le monde des comics. Pour moi, c’est moins enfantin que pas mal de bouquins de Marvel dont le scénario est quand même super infantile. On ne sait jamais qui nous lit. C’est assez surprenant. Riad Sattouf qui fait Les Carnets d’Esther parle d’une enfant. Je ne pense pas qu’il se soit dit qu’il allait le faire pour des enfants qui avaient le même âge qu’Esther. Il le fait plutôt à destination des adultes. On est comme des espions plongés dans ce monde.

Des espions?

Oui. On a accès à la vie de nos enfants comme on ne les voit jamais.

« Titeuf n’était pas une bande dessinée typée pour des adultes ou des enfants »

Titeuf, ce n’est pas la vie de nos enfants?

Ce n’est pas la même chose. Ce n’est pas du reportage. J’invente un personnage. C’est du gag. Quand Titeuf parle avec ses copains, ce n’est pas toujours réaliste.

Certains gags de Titeuf font plus rire les adultes que les enfants. Dans A fond le slip, c’est notamment le cas de celui sur les tâches ménagères.

C’est ça qui a plu. Titeuf n’était pas une bande dessinée typée pour des adultes ou des enfants. C’était une bande dessinée. C’était ce genre-là que j’aimais enfant. J’étais fan de Gaston Lagaffe et je lisais Astérix. Je me souviens que mes parents lisaient aussi Astérix et Gaston et que ça les faisait rire. J’adorais le fait de pouvoir partager un truc avec mes parents, qu’on puisse rire du même gag d’Achille Talon.

Les Minijusticiers

Bastien Vivès a récemment conçu un livre jeunesse, Attention Chien Méchant. Vous pourriez le faire aussi?

J’ai fait il y a 15 ans Les Minijusticiers, des petites comptines sur des défauts qui ont des super-pouvoirs. Je l’ai fait du point de vue d’un adulte qui veut dire quelque chose aux enfants. C’est différent d’un Titeuf. Je suis content de l’avoir fait, mais c’est moins original. Il m’est arrivé aussi de faire des histoires avec mes enfants. On les a publiées en un exemplaire relié pour la famille. C’est amusant. Eux ont des idées qu’un adulte n’aurait jamais et qui sont complètement tarabiscotées. Ça les amuse beaucoup de mélanger des époques, de faire des choses très transgressives. Ils se lâchent pas mal. C’est intéressant à voir. Il y a un imaginaire très fort quand on est enfant.

« Ma fille m’a écrit une BD hyper violente »

Vous le faites souvent?

Ils sont grands, mais j’ai une bande dessinée en cours avec mon fils et une autre avec ma fille. Ils écrivent l’histoire au fur et à mesure et je la dessine. C’est un peu étrange. Ma fille m’a écrit un truc hyper violent, des meurtres, alors qu’elle a onze ans (rires)! Si je devais écrire des trucs pour des filles de onze ans, je ne ferais pas un truc avec une fille qui tue son copain et lui coupe la tête. Mon fils de 15 ans est plus dans les super-héros. Ce ne sont pas des projets destinés à être publiés, c’est juste pour nous. Je trouve que c’est un chouette échange. Comme je ne dessine pas mes albums pour eux, c’est chouette qu’il y ait un livre écrit rien que pour eux.



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